La monotonie du trajet sur l'autoroute accablée de chaleur, se dissipe à l'apparition à l'horizon des silhouettes grises découpées aux ciseaux tant espérées. Les 50 derniers kilomètres trébuchent de village en village, des ombres rampent sur le ruban gris de la route distillant une optimiste fraicheur. Avec élan, je dépasse la gendarmerie de Ouste et le troisième portail, celui de la maison de Nadine, qui m'a invité à venir deux jours avant le départ pour partager son petit paradis. Dans le jardin les poules galopent sur l'épaisse pelouse, tentant régulièrement une invasion de la terrasse. Au fond des arbres dissimulent un ruisseau qui traverse en fanfaronnant le paisible village, une tour courroucée du tapage s'élève avec sérieux, soutenue par la sérénité de la montagne environnante. Du regard je parcours la phrase écrite par les crêtes dans un langage encore inconnu. Face à nous un rempart sombre ignore l'évasion d'un petit bout de coton qui gravit le ciel bleu, trainant sous lui un pesant corps de champignon. Nadine de l'index m'indique l'agitation météo, là bas se trouve le Bentaillou.

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Bilou, testeur d'abreuvoirs

  Samedi matin, un quart d'heure suffit à nous poster devant l'entrée du supermarché, au côté de deux cousins sexagénaires qui nous ont précédé. André, un participant de longue date et François qui comme nous, vient pour la première fois. Nous scrutons le va-et-vient des véhicules, laissant cavaler une abondante clientèle pour un jour férié (15 août). Camionnettes et 4X4 déboulent enfin, dans les coffres des kits affleurent de tas de bricoles. C'est bon, on tient le filon ! Et les mines aussi, trésorier  barbu, très barbu ,  moustachu mâchouillant un gros bâton de réglisse, frères belges avenants et blagueurs, prestance du couple Présidentiel et nouvelles recrues souriant bêtement, nous ... L'attente se poursuit, les nouvelles du front déterminent le ravitaillement, et elles tardent. L'heure et grave, pour occuper les troupes, on chaparde des cageots. André est très fort ! On s'agite, les listes sont distribuées, la course de caddy débute, chacun le sien. Avec Nadine, on fait équipe, on traduit nos listes, 2,3 boites de cassoulet. Aïe!! A l'arrivée, une file de chariots cauchemardesque se jette sur une malheureuse caissière, mieux vaut ignorer le carnage et détourner le visage. Nadine a de la chance, elle connait plein de monde ici, quoique...

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C'est un biathlon, après l'épreuve des caddy, le peloton reprend la route vers la prochaine étape, une étape de montagne, l'ascension du Bentaillou mais... Ou sont les hélicos ?! A oui, on n' est pas sponsorisé, entre autre... Au parking, les véhicules s'adaptent aux difficultés futures, rehausse avec cales en bois par exemple (au retour, il y a eu aussi un bricolage mécanique avec une tatane sortie d'une benne à ordure, à pas piquer des vers mais bon ;). J'escalade le siège passager du 4X4 d'André pour me percher sur mon kit, et ferai office de ramasse-caillou, Nadine délestée de son matériel grimpera à pied avec François.

  Nous nous incrustons d'avantage dans le paysage, André qui est déjà grand, lève son bras au dessus de lui  et me montre un point, la haut!!! ÔÔôôôhhhhh !!! D'en bas, le parcours prend l'aspect d'une pyramide à degrés, chaque virage se négocie au prix de nombreuses manœuvres. Dans les lacets sur les parois, des numéros se devinent, une bonne trentaine nous attend. Les locataires diffèrent selon les étages, l'ours occupe la forêt, le gipahète apprécie une déco plus dépouillée et nous, nous occupons le dernier palier en terrasse avec le berger, les moutons et les chiens. Le moteur ronronne bruyamment couvrant presque le récit d'André, qui me récapitule en roulant des "r", trente années de camp et annexes. Tant et si bien, que  lorsque le ciel s'ouvre et que le véhicule se rétablit sur le plat, la scène apparait familière, occupée déjà par quelques protagonistes de l'acte précédent. Le décor est planté, il ne manque plus qu'à en faire de même avec la tente, avant que le coup de vent du soir ne se lève.

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  Avec Nadine nous effectuons un rapide tour des lieux, les bâtiments sont nombreux, vestiges plus ou moins en ruine de l'exploitation minière. Les retrouvailles s'organisent autour d'une table de jardin sur laquelle, bières, pastis, cacahuètes et saucisses sont sacrifiés au crépuscule, nous promettant le retour du soleil le lendemain.

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  Photo de Bernard Lafage

   L'art de la répartie s'affirme dans la bonne humeur, avec la nuit les conversations glissent vers la grande table à l'intérieur d'une sorte de pièce commune. Détailler cet endroit est une occupation en soi, les meubles sont bavards, tiroirs et portes de placard se nomment, les prises se rassemblent en bataillon, livres, casques se disputent la place, au plafond des bouchons festifs défient la loi de la pesanteur aux côtés de paniers qui se cramponnent et des rouleaux de cartes font de l'équilibre sur la poutre principale. L'atterrissage d'un nouveau plat sur la table déclenche tirades et commentaires qui nous ramènent aux conversations en cours. Nadine, digne représentante de l'Ariège et moi, assises côte à côte, offrons un auditoire neuf et attentif, l'occasion d'évoquer le passé des lieux, le fonctionnement du camp et de prévoir les prochaines sorties.

  Dès le lendemain, Roger nous emmène faire la classique, la partie la plus accessible à la visite.

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  Dans la pénombre du porche triangulaire, flanquée au milieu d'un mur qui clôt la cavité, une épaisse porte carrée, crache à son ouverture un souffle glacial. L'obstacle franchi, un froid saisissant se confirme et nous plante là. Derrière nous, on referme la porte, les clés sont suspendues à côté d'un surprenant téléphone. Une ligne téléphonique et plusieurs postes parcourent la cavité et permettent le contact avec la surface. Nos yeux peinent à s'habituer à l'obscurité et nos éclairages semblent insuffisant dans les vastes salles d'entrée. Nous croisons la rivière, la galerie reprend des dimensions plus humaine.

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Les parois s'illuminent de scintillements précieux, le gypse envahie bientôt toute la cavité, le blanc éclate de toutes parts, des colonnes moutonneuses dégringolent des plafonds, soutenus par des piliers piqués de petits bouquets de cristaux, la Ci-galère s'affirme. Nous constatons aussi les dégâts commis par des prédécesseurs, mineurs arrondissant leur fin de mois et augustes spéléo ont tagué et pillé sans scrupule le site.

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Un passage bas, et nous surgissons dans la salle Blanche à la forme pyramidale avec un parquet de calcite luisant. Le plafond s'abaisse à nouveau, avec précaution nous poursuivons à quatre pattes vers le Trou Souffleur, qui parait-il souffle nettement moins car une équipe est en train de l'agrandir. Diantre, qu'est ce que ce devait être avant??? Nous devinons les silhouettes mais il nous est encore difficile d'y associer des prénoms. Nous approchons du terme de cette première visite, la Cascade Noire. Tous trois, François, Nadine et moi, anticipions le spectacle d'une, certes belle, classique chute d'eau mais certainement pas ce qui s'élève sous notre regard. Un large et haut rideaux de gros cristaux sombres s'étire dans l'obscurité au dessus de nous et décline toutes les teintes du caramel, la gourmandise nous tient ...

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Au retour, notre guide sollicite notre aide pour réaliser quelques  photos. Dans cette cavité, on n'extrait à présent que des clichés témoins du miracle des lieux pour son plaisir personnel, car le site appartient à l'état et toute publication de photos et vidéos est interdite. Cela n'empêche pas pourtant, que bon  nombre des habitués étaient, ou sont devenus des photographes équipés de matériel assez sophistiqué. Bref , nous trois, on faisait figure de pov'gars avec nos petites boîtes !!! Alors ....

  Dans notre séjour nous visitons différentes parties de la cavités souvent spectaculaires, contribuant de notre mieux comme porte-flash, sujet frileux et gagner une image. (sauf pour ceux dont les flashs tombent en panne)

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   Avec Nadine, nous avons eu l'opportunité d'aller faire un tour dans les hauteurs, réaliser la topo de l'affluent de la Onze en compagnie de Christian et Daniel. Une longue sortie qui nous mène dans un paysage très différent, austère mais beau, mouvant, parcouru par des chaos de marbre rayé de gris, blanc et noir envahissant des salles de belles dimensions. Quel froid, misère !!!!

  Les journées ont défilé très vite comme c'est souvent le cas. Les nuits, les tentes claquaient agacées par un vent furieux et quand au levé du jour le calme revenait, les photographes enthousiastes beuglaient la beauté de l'instant. Enfin, surtout un ;) ... Il était temps aux moutons de se compter et pour nous d'aller prendre un ou plusieurs cafés.

  Ainsi débutaient les journées, il ne nous restait plus qu'à, faire de la spéléo, de la randonnée, se baigner dans le lac aux "Prothocs", couler une chape de ciment, cuisiner, réparer la fenêtre, attendre son tour aux toilettes, rêvasser, cueillir des orties, etc...

A propos dans les liens j'ai rajouté, Ardengost, Chabbs et le CDS09.
          Bonne poursuite de la visite ö

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