Au départ, c'est à cause de Pierre toute cette histoire. Le fameux Pierre, celui la même qui tous les jeudis nous plante le nez face à un porche qui la plupart du temps se franchit à quatre pattes et duquel on peut espérer parcourir le plus souvent, une dizaine de mètres à l'intérieur. Quand le casque cogne, que les narines identifient concrètement la granularité du sol, que l'œil se tord à en  sortir de son orbite pour discerner la perspective d'un vague élargissement d'où émerge un étron frais de blaireau, c'est donc dans ces circonstances on ne peut plus enthousiasmantes que Pierre déploie le fruit de son inspiration. Il irrigue nos esprits désabusés d'un flot d'hypothèses optimistes, faisant pousser les galeries et croître les salles ou l'on tient debout, soutenues par une argumentation qui tient compte de l'inclinaison et la nature des remplissages, des failles environnantes ( nous on regardait ailleurs) et des dernières nouvelles du bigbang. L'arrogant étron frais de blaireau n'en a plus pour longtemps.

    Pour en revenir à notre histoire, il y a de cela un nombre d'années, Pierre et ses copains étaient de fringants et téméraires explorateurs qui piaffaient d'impatience d'en découdre avec de vastes et lointains gouffres, en l'occurrence dans les Hautes Pyrénées sur Ardengost. Faute de crédit photographique précis, je m'en tiendrai à imaginer que, après de périlleuses heures de prospection Pierre avisa un porche prometteur, qui se franchissait à quatre pattes et derrière lequel se développait une galerie basse d'une dizaine de mètres butant sur un éboulis. Je ne doute pas un seul instant du talent de Pierre (si bien nommé), le potentiel du massif était là, les galeries s'ouvraient et les puits dégringolaient dans de vastes salles. A s'y pencher, le vertige les aurait pris. Hélas, la désobstruction était loin et l'éboulis tenace.

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Les charentais s'en retournèrent vers des contrées moins éloignées (quoique...), laissant le petit porche à ses rêves de grandeurs. La fée Carabosse fit elle aussi ses valoches semant derrière elle dans le ravin, un étais tapis de ronces et le discret petit site fut dévoré par le paysage. A la faveur d'un oubli pesant, l'éboulis comme les derniers grains d'un sablier se laissa glisser dans l'obscurité.

  Ce sort connu une fin et là ou un spéléo passe, un jour ou l'autre, un autre lui emboite le pas.
33 ans plus tard, Yves après des heures de périlleuses prospection, n'y croyant peut être plus, s'accroupit et avisa un petit porche prometteur... ( et pas un pet de courant d'air en plus )

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    En suivant une trajectoire qui partait de Charente pour aboutir en Ariège dans mon micro véhicule spatiotemporel avec dans mon sac les dernières aventures de Pierre, je rencontrais au Bentaillou Pascal et Bernard. Tous deux amis de Yves et de son équipe, franchissent régulièrement et toujours à quatre pattes le petit porche, parcourent la galerie basse, dégringolent les puits, traversent un pont de singe preuve de la modernité des lieux et débouchent dans de vastes salles aux parois hérissées par endroits d'une étrange floraison minérale.

Le  Gouffre développe aujourd'hui à peu prêt 9km.
Je rapportais de leur part à Pierre de belles photos, des images dignes  de ses espérances et au delà …

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photo de B Lafage
  La nuit du 1er de l'An, après un échange épistolaire surréaliste avec Yves et Pascal, ou le lac de Grimaldi a atteint une température de 25°, et ma plume témoignait peut être des 12° d'un excellent Bergerac, nous avons convenu de nous retrouver le 23 janvier de l'année naissante.

  L'accueil à Lomné est à la hauteur des écrits, chaleureux, coloré et agrémenté de quelques degrés en plus pour palier l'inefficacité de la cheminée. Après une courte nuit, tout  trois avec Dominique et Bernard, nous retrouvons le petit porche, et tout ce qui s'ensuit jusqu'à la salle Vauvilliers ( il est là ) pour nous planter au pied du Sekoya, l'escalade de Bernard, une parfaite cheminée de 100m. Je les laisse disparaître dans les hauteurs, ils ne mettront d'ailleurs pas longtemps pour déséquiper le puits, penduler dans son voisin de 70m malheureusement bouché au fond. A  proximité s'offre déjà à la vue le spectacle de ces concrétions  uniques et particulières. Leur envergure me paraît plus importante que je ne l'avais imaginais, sur les parois se déploient des bouquets tentaculaires entrelacés de formes rondes à l'aspect et la couleur comparable à un sorbet au citron, mais la fraîcheur du lieu n'incite pas à la dégustation, 7° ça baisse. 

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Photo de P Chabbert

Nous ne trainons pas pour ressortir, nous devons être  présentables pour la soirée. Durant l'après midi, Jean-Pierre et Yves se sont attelés à l'installation d'un diaporama conférence qui a lieu le soir à Sarancolin, Les spectateurs étaient nombreux pour assister à cette visite confortable du Charentais, rondement menée par nos hôtes, uniques eux aussi ;)

Pour poursuivre, le lien du Charentais qui est d'ailleurs aussi dans la colonne de droite CLIC !
NB: ce qui serait bien maintenant c'est de faire rentrer Pierre dans le coffre du micro véhicule spatiotemporel mais avec le temps le poids de l'expérience à fait son oeuvre. Ahhhh!!!

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photo de P Chabbert      

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photo de B Lafage    

@+ ;)