Personnellement, c'est un retour  après un peu plus d'un an d'absence. La dernière fois remonte à un week-end de septembre 2009 ou de nouveaux visiteurs, Hans, Christine et Bernard, m'avaient rejoint pour une simple visite agrémentée tout de même d'une grosse séance photo. Un premier coup d’œil animé de curiosité mais si insuffisant qu'il laisse au visiteur un sentiment de navrante ignorance. Pour peu qu'en soirée se lève un vent gorgé de récits épiques venus de loin dans les profondeurs, voilà notre nouvelle recrue basculant dans un cycle d'aller et retour à l'issue indéterminée. Je me souviens de Hans disant: avant de descendre: « Je ne fais jamais deux fois le même gouffre!!! " .
    Il en va ainsi d'un camp d'exploration quel qu’il soit, aux ruptures frustrantes teintées d'impatiente que seul l'annonce d'une date prochaine apaise, succèdent des retrouvailles enthousiastes.

    Dans les Arbailles, la Toussaint est certainement la plus belle des saisons, les collines environnantes s'empourprent chaque jour d'avantage, faisant vivre tout autour un tableau chaleureux.. Fenêtres et portes du gîte sont grandes ouvertes à nos divagations, laissant pénétrer la douceur du jour jusque dans les chambres d'habitude  glaciales. Les bruits cavalent dans les courant d'air attestant de l'agitation ambiante. Les couvercles des malles ou nous stockons le matériel, grincent à leur ouverture, les cordes lovées claquent au sol en jouant les coquettes sur leur age, suivies par des bougres de mousquetons braillards condamnés à être enchaînés entre eux, seules les batteries chargent en silence non sans avoir au préalable annexé toutes les prises disponibles.

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  Chaque chose et chacun trouve sa place dans cette gravitation autour du vide, un vide attractif qui tel un trou noir absorbe toute notre attention. A l’intérieur, elle s'ancre à de nombreux points d'interrogations dont nous nourrissons avec ferveur la valeur frontalière entre le connu et l'imaginable. Nous ne partons jamais vraiment, nous entretenons l'excuse acceptable de notre indispensable migration.
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  Depuis 1993 La trame reprend régulièrement, un point topo à l'endroit, un point d'interrogation à l'envers, et à chaque camps un nouveau chapitre s’astreint à vêtir le vide grandissant.
Thierry un revenant, hanté par les hauteurs de la Roume, tente tous les matins d’enrôler quelques nouveaux venus dans l'ascension énigmatique de l'effrayante cascade, la conversion est houleuse par beau temps. Là est le paradoxe. La Roume, un grand point d 'interrogation qui surprend à la sortie d 'une lucarne par la vertigineuse perspective d'une cascade haute en gueule de 80m de haut et qui en période de crue vous vomie à la figure d'épouvantables embruns, tout ceci sur un fond de méandre impalpable dont on ne sait s'il faut y descendre ou bien y monter. Je vous rassure, Thierry est revenu en janvier avec quelques preux pour déplacer le point d'interrogation de la lucarne au sommet de la cascade, clôturant sont aventure par un sms : «  méandre, arrêt sur rien ». Ce rien dont  nous ne sortons pas.
La rivières des tubes s'est allongée elle aussi, attirant davantage les derniers arrivés.
 Le CA270 est un vide convertie en un état d'âme qui flotte dans nos pensées quelque soit l'endroit ou nous nous trouvons, comme une île connue de nous seul ou l'élaboration d'une carte constitue à elle seule un trésor.

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  Je me souviens précisément de ma première visite il y a 15 ans, il en va de même pour chacun d'entre nous. Le début d'un camp d'exploration se conçoit comme une pierre, précieuse, ou l'on édifie les connaissances d'un lieu, motivé par le sentiment complexe d'une joyeuse séquestration volontaire.
Il y a de l'ivresse à courir dans les galeries, à sentir couler aux bouts des doigts sous la pointe des pieds, la mémoire assoupie de la moindre prise, de l'angle d'un bloc stable accompagnés par les cliquetis réguliers des mousquetons qui s'entrechoquent.
Les nouveaux venus tout haletant à qui l'on fait grâce d'une pose, s'étonnent de cette audace apparente. S'ils s'en accordent le temps eux aussi, ils apprendront à virer de bord avec aisance dans ce dédale obscure et grandiose.

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  A leur tour ils affecterons une démarche nonchalante en foulant le pré hirsute d'un vert toujours éclatant qui environne l'entrée. Une buse banale fichée comme un gros spit à la surface du monde éclairée, d’où s'échappe ou s'engouffre c'est selon, un courant d'air terrifié. Puis s'accroupir avec prudence, s’asseoir les jambes pendantes dans le puits, et laisser le regard parcourir le temps d'un inventaire la frontière en cercle pour lever le doute et se laisser glisser le long de la corde. La paroi défile, les tons chauds de la lumière extérieure cèdent la place à l'éclairage plus dur des casques et dans l'obscurité qui grandit tout autour émergent des pans rocheux ou, instinctivement l'attention s'agrippe en quête de possibles départs à d'éphémères aventures. A l'atterrissage, les bottes dérapent sur le sol entraînées par la fuite de quelques cailloux au stock inépuisable.
Il est temps enfin de lâcher le lien pour gueuler ce paradoxe : «  Liiiiiiiibre !!! »
Oui, libre de courir vers des lieux qui n'existent pas encore et prendre le risque qu'ils existent.

  En grandissant et en écrivant à chaque fois son histoire le CA270 s'est humanisé, juste retour de cette interaction entre nous et ce paysage. Nous lui prêtons  états d'âmes et volonté. Alors, à ce vieil ami qui nous regarde vieillir sans jamais prendre une ride, si ce n'est parfois un ou deux blocs suspects , nous avons il y a longtemps donné un nom, un vrai. Celui d'une proche parente, une discrète fontaine qui clapote sur le bord du chemin au dessus de l'entrée.

En revanche nous n'imaginions pas qu'un jour, on ne retiendrait que son nom sur une liste, pour mieux nous ignorer... drôle de mémoire …

... NEBELE …

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 2011 souffle les 20 ANS de camps du Collectif Nebele.
A l'occasion du camps de la Toussaint prochaine, nous fêterons cet Anniversaire, donc si vous nous avez rejoint occasionnelment durant ces 20 années, nous serions enchantés que vous veniez ripailler, papoter, gratter, etc, à nouveau en notre compagnie.
En 20 ans vous imaginez, nous n'avons pas actualiser tous les emails de chacun.
Bref!! Si ça vous dit, alors contactez möi !!!

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Merci encore et à bientôt ;)