18 août 2008
Les évadés de la Côte du Piaf
Dans l'obscurité de la galerie, j'aperçois André dans une nouvelle interprétation, plus contrastée, du personnage de l'abbé Faria. Avec beaucoup d'efforts, il édifie un mur de cailloux qui grignote inexorablement son espace, l'isolant peu à peu de nous et de la sortie .

Soudain devant mes yeux surgit Edmond Dantes, Jean-Michel, il entre enfin en communication avec son voisin de cellule, l'instant est émouvant. Tous deux se lancent alors dans une formidable partie de pétanque, préhistorique je le précise, l'influence du décors certainement. Et l'enthousiasme se répand, tout le bagne participe, les murs se déplacent. ( ça pourrait faire une très chouette comédie musicale, non ?!).

Les règles sont simples, chacun est à proximité d'un tas de cailloux qu'il doit projeter le plus loin possible devant lui tout en évitant d'écraser les doigts de son successeur qui tente lui, de récupérer les blocs qui lui parviennent. Une fois le tas épuisé, chacun se décale pour reprendre la partie jusqu'à atteindre la sortie, enfin !
J'ai posé la question du cochonnet, Jean-Michel m'a répondu qu'il n'avait pas encore été inventé .
13 août 2008
Les embrumés
Nos rêves de galeries s'étaient estompés en quelques enjambées, juste de quoi se tenir debout et voir au plafond la faille disparaître au delà d'énormes blocs fracturés. Nous nous étions croisés et recroisés au sommet de l'éboulis central pour confirmer nos illusions perdues.
Nous revenons à la Lime pour satisfaire la curiosité de ceux qui étaient absents le jour ou nous étions passés. Pierre fait parti des curieux mais il ne lui en faut pas d'avantage pour éterniser les lieux et, il se délecte déjà de ce petit bout de topo. Il vérifie le contenu de sa sacoche rouge, les instruments de mesure sont au complet. Avec beaucoup d'amabilité, il enrôle un assistant pour l'aider dans sa besogne d'arpenteur, argumentant comme de coutume que l'heureux volontaire aura son nom sur la topo.
Gérard nous rejoint muni de son matériel à enfumer les abeilles, il y a de l'expérimentation qui fait tousser dans l'air. L'idée est d'enfumer le trou des Brumes, situé à 30m plus haut et voir si la fumée ressort à la Lime. En revanche la communication entre les deux cavités ne nous apporterait pas grand chose car même si le trou des Brumes a un nom qui sonne comme un roman, son intrigue s'arrête au titre.
Navrant, la brume a envahi la cavité, sur l'éboulis la silhouette enfumée de Pierre apparaît, nez en l'air, le crayon à la main puis se dissout au son du claquement de l'élastique de son petit carnet noir.

Je découvre Joël et Daniel au ras du sol, Pierre a distribué des bouffées d'optimisme. On devrait toujours se méfier d'une personne munie d'un petit carnet et d'un crayon, elle peut révéler un potentiel imaginatif redoutable. Résultat, trois points d'interrogation et une direction favorable.
Sinon certains ont trouvé l'entrée trop étroite et ont prétendu que leur nombril (pas le ventre) frottait... ;)
04 août 2008
Bouquet
Pour fêter cette année écoulée de croquis des "jeudis", dont je vais certainement faire un tirage papier car bon nombre de participants ne sont pas à l'heure d'Internet, je me suis offerte un bouquet. Un bouquet agrémenté des trombines des uns et des autres, une présentation plus sympathique des protagonistes, moins austère qu'une liste des participants.
D'abord le brouillon:

Bien sûr je me suis appuyé sur de la doc photo car j'imagine qu'ils préfèreront se reconnaître.

Comme me l'a demandé Mathieu, j'aurais effectivement préféré qu'ils m'accordent un peu de temps pour les croquer sur pied, question de détail, mais je n'ai jamais eu jusqu'ici cette exigence, je compose avec les va et vient, alors ...
Alors on continue !
28 juillet 2008
Petite malédiction entre amis
La désostruction des Deffends est une initiative de Guy et il n'est disponible que le samedi. Alors nous programmons à l'avance la date mensuelle que Pierre ne manque pas de nous rappeler.
"Samedi c'est les Deffends, signe de mauvais temps "
Depuis novembre à chaque fois, nous avons annulé à la dernière minute le rendez-vous et pour cause, quand l'heure approche le déluge se déchaîne. L'avant dernière fois au mois de mai, pendant que Pierre remettait un document au propriétaire, ils ont vu à la fenêtre la neige qui commençait à tomber.
La configuration des lieux contraint l'un d'entre nous à rester à la surface et nous ne pouvons nous résoudre à l'abandonner à la colère du ciel. Le terme Deffends cacherait il une malédiction ?
Ce coup ci Pierre est déterminé, nous ne reculerons pas ! Surprise, le beau temps était là et nous avons même pu faire deux équipes à deux endroits. La blague était d'un autre genre.
Pierre nous a bredouillé quelque chose comme quoi, nous devions vider un endroit que lui et Guy avaient négligement rempli, très poliment il s'y est mis le premier.

Mathieu à la ramasse ne trouvait pas sa place, je l'ai sournoisement envoyé faire de l'oeil à un puits borgne, le croquant aussitôt dans son dos.
A la fin de la journée nous avons fêté l'anticyclone avec une bonne bière fraîche et, voici un an que je débutais les croquis du "Jeudi".
23 juillet 2008
Le Pontillou
La route fait un lacet autour d'une pelouse parfaitement plane, on ne peut plus rassurante. Pendant notre séjour dans les Pyrénées, une dame que connaît Mathieu, nous avait appelé pour nous signaler cet effondrement. Sa voisine venait de voir sa jambe disparaître dans l'herbe, d'autres personnes présentes l'avait sorti de ce mauvais pas dans le vrai sens du terme. Elle en a sûrement été pour une bonne frayeur, pourtant après mesure le trou est quand même profond de 4 mètres 50.
J'avoue que nous avons un peu traîné pour nous y rendre et la veille de notre visite, pur hasard, un autre spéléo est passé. ( Un certain Thierry je crois. En fait, nous avons retrouvé opportunément au pied du pilonne en bois, une sangle et un mousqueton neufs qui lui appartiennent. Aprés les avoir utilisé nous les avons remis à la dame qui habite juste en face. Si il passe sur le blog, il en sera informé.)
Bruno et Mathieu, à l'aide d'une échelle, descendent au fond pour déblayer une partie de l'effondrement pour voir si un autre socle apparaît.
J'ai bien fait de faire mon croquis en premier, car quand mon tour de descendre est venu, j'ai découvert un trou tout ce qu'il y a de plus trou, sans la! la! et sans itou !
18 juillet 2008
à moitié vide, à moitié pleine...
La dernière fois dans les Hauts de Montgaudier, Mathieu avait repéré un départ comblé par les mêmes cailloux que ceux qui recouvrent la salle. Derrière il pressentait une suite, un coup d'oeil optimiste sur un passage à moitié vide.
En file indienne avec Bruno, nous nous passons les déblais que je jette pour finir avec fracas en bas de l'éboulis, ou il rebondissent plus ou moins bien, offrant différents effets sonores, un plaisir simple. Au bout d'un moment, Mathieu un peu lassé prend ma place pour brasser les joujoux.
Bruno en tête commence à apercevoir la suite, les bords sont stables. Nous sommes en dessous et à l'abri de l'éboulis comme perchés au sommet d'une diaclase mais l'espace n'est pas bien large.
Les jambes passent mais l'estomac-cale ... Mes deux compères se tortillent dans tous les sens, la tête en bas avec hésitation, à l'égyptienne, etc... mais toutes ces courbettes sont vaines, les étroitures sont sourdes à la diplomatie. Je pourrais bien la tenter mais elle est verticale, un peu plus que ma hauteur, les parois sont lisses. J'ai un doute pour en ressortir, d'autant plus que trois petits blocs sont encore en coincement juste au dessus, je m'imagine en tête de clou qu'on enfonce. J'essaye de pêcher chez mes deux comparses, la phrase qui rassure, pour toute réponse j'obtiens: " T'inquiète, on t'apportera à manger !". Peuvent être très premier degré, la menace est sérieuse et sur le coup je préférerais être l'amie d'une échelle.
Nous décidons de revenir plus tard, effectuer une mise aux normes, taille XL, abandonnant le bout de couloir sombre qui file au delà de la salle.
01 juillet 2008
La côte de l'Oiseau
A la lisière de la forêt, il faut se pencher humblement pour discerner le discret chemin digne du lapin blanc d'Alice.
Nous quittons un champs gorgé de soleil et pénétrons sous la voûte ombragée des arbres ou le minuscule sentier rivalise comme il peut avec la cohue de végétation basse et d'arbres qui se disputent les rayons lumineux du soleil. Le porche n'est pas loin, la lumière il s'en moque ouvertement, replié derrière le rempart que lui offre un tertre argileux.
J'en viendrais presque à soupçonner Jean-Michel de chercher un petit coin de Paradis Originel, l'ambiance nous incitant surtout à nous laisser envahir par une douce torpeur. Les enfants ne s'y sont pas trompés en installant leur fatras sur une couverture pour le reste de l'après-midi.
La cavité est un grand porche rempli de terre, percé par endroits de boyaux creusés par les blaireaux, ces derniers ont d'ailleurs recouvert de terre un tas de cailloux qui dénotait dans leur intérieur. Par contre notre intérêt se porte sur une réelle galerie sinueuse, remplie de blocs que nous évacuons pratiquement de main en main, ou dans des poches plastique, jusqu'à la sortie.
Au départ les premiers mètres se parcourent avec optimisme mais la vue du fond fait écho encore à quelques citations mystiques telle que " Les voix du Seigneur sont impénétrables " et aussi " Heureux celui qui croit sans avoir vu " !
Heureux , oui, est celui qui dehors évacue les déblais car il est au Paradis ! Amen !(une poche de cailloux avec toi si tu ressors !)
30 juin 2008
La Lime
Jean-Michel nous convie à dépoussiérer un vieux souvenir enfoui dans la jungle charentaise, une fissure tapie dans la mousse et le lierre, sous de gros blocs surplombant la Tardoire. La proposition est accueillie avec enthousiasme car le soleil est de la partie et nous gambadons allègrement à travers sous bois et prairies.
Une agitation frénétique s'installe à l'ombre des rochers, même la nature bruyante participe à ce surcroît d'activité. Nous nous bousculons dans le passage, chacun son tour s'allonge et jauge le trait noir d'encre. Il en sort un formidable courant d'air.
Des blocs sont charriés et précipités en contrebas, accompagnés de vives exclamations, gare à ceux qui fouillent la falaise en dessous. Nous atteignons une étroiture franche, on aperçoit le sol deux mètre en dessous qui disparaît dans une obscurité alléchante.
Durant deux jours nous avons activé une érosion rapide, manuelle, hydraulique, etc... Derrière nous avons débouché dans un espace assez large mais comblé de blocs massifs fracturés, entre lesquels nous nous sommes faufilés sans trouver de poursuites évidentes, si ce n'est un laminoir gavé plongeant sous l'entrée, un boyau prenant la même direction, et une bricole très pudique cachée par une vague draperie. Et toujours ce courant d'air ...
25 juin 2008
Il est passé par ici...Il repassera par là
Dans l'après midi, nous retrouvons dans les Hauts de Montgaudier, au pied du ressaut d'entrée, Bruno et Eric à la mine peu réjouie. Depuis la fin de la matinée , ils se sont employés à émietter les deux derniers blocs qui bouchaient le passage dans la galerie basse, l'expérience jouant ils n'ont pas traînés. Derrière malheureusement, la galerie se rétrécie pour terminer en peau de chagrin.
Histoire de se remonter le moral nous repartons vers le fond à la recherche d'un futur acharnement.
Éric doit repartir, mais avant il nous soumet quelques points qu'il avait remarqué, un regard neuf déclenche parfois le mouvement de troupe, une remarque peut suffire, mais nous restons très tièdes aussi ...
Avec Bruno, nous jouons les prolongations et regagnons la Salle dîte "de la Grange". Pour rappel, la cavité présente une galerie principale griffée de nombreuses diaclases, la salle elle, est un accident venu interrompre le parcourt.
Mathieu en longeant les bords la dernière fois, s'était frayé un passage à travers l'éboulis, dans un bout de galerie parallèle à la galerie principale. Nous espérons qu'une des diaclases obstruée pourrait se prolonger derrière par cet accès, pour l'instant seul le faisceau de la lampe foule le sol.
Mat est motivé pour déplacer des cailloux et nous nous coltinons dans son sillage.
On pourrait dire que si sur l'eau on rame, sous-terre on brasse et même, on croll, enfin ce n'est pas le cas ici, pour le croll...
Le temps passe, Mathieu s'é-tire jus-qu'à-- l'en--droit con---voi---té ---et ---et--- c'est bouché !
Qu'à cela ne tienne ! Mes deux compères se jettent (par dépit peut être) dans un autre départ que nous avions dédaigné. Les cailloux reprennent leur transit cédant leur place à un passage présentant une bonne tête, stable avec un petit courant d'air en prime pour se quitter bons amis, car il est tard.
17 juin 2008
L'Ours et le Caillou
Quoi de plus normal qu'un caillou dans une grotte !
Sauf que ce "Caillou" est plein de poils et qu'il pousse de profonds soupirs. C'est ainsi que ce nomme notre canidé familial, demoiselle de son genre, qui était de la sortie ce jour là.
A force de me pencher sur les croquis de cette grotte, dimanche l'envie d'y faire un tour s'est imposée. D'autant plus que le site environnant est assez beau, c'était donc l'occasion de le faire découvrir à Mathieu.
Tous les quatre avec Bruno, nous nous enfonçons dans la gueule de pierre pour tenter de trouver ce fameux puits. D'abord une petite correction de la description par rapport au message précédent (celui du 12 juin), le puits serait situé non pas à gauche d'André mais dans le passage face à nous.
Je m'engage la première, le Caillou surveille mes arrières, pas téméraire la bête... Je fouille mais n'aperçois rien d'évident, une sorte d'éboulis. Je me cale dans un recoin, le Caillou sous l'estomac et invite mes camarades à venir jeter un oeil à leur tour. Mathieu insiste d'avantage mais reste tout aussi bredouille, pas plus de puits. Nous nous heurtons sûrement à cet étrange phénomène, l'univers fabuleux des topographes. Il est possible que ces derniers à force de promiscuité avec les mesures, développent une sorte d'accès à la quatrième dimension , dû aussi à leur longue et vénérable expérience, mais dont la perception échappe à de simples mortels comme nous.
Mathieu et Bruno se contentent de s'agacer sur un banal passage en trois dimensions qu'ils ont, si j'ai bien compris, rebouché par mégarde. Ou alors , le passage aurait il à son tour disparu dans un univers parallèle ?!
Nous le saurons la prochaine fois que nous reviendrons. Enfin, si la grotte existe ... Bien sûr !)





















