Le soir de Noël, la voiture chargée de matériel, nous gagnons le paysage du Lot qui, au petit matin se dévoile sous un manteau neigeux digne d'une carte de vœux. Faire les courses s'avère être une épopée qui nous prendra plusieurs heures et, nous craignons que les copains hésitent à nous rejoindre. Finalement ils arrivent de bonne heure pour s'épargner les difficultés dues au verglas dans la nuit.

  Le programme est en deux parties, d'un côté une désobe pour Mathieu et Gilles. Ils s'attaquent à un puits sournois, boueux, étroit, ne tolérant qu'un comité trié sur l'épaisseur de la tranche et qui devrait les occuper pour la semaine, bénéficiant parfois d'un soutien moral en surface.
Le reste du groupe, pas frustré pour autant, se contente de réaliser des sorties dans un rayon ajusté par les aléas de la météo.

  Alain et Julien présents pour le week-end débutent la progression sur corde et, sans trop réfléchir nous proposons d'aller à la classique de rigueur: la Crouzate.
  Nous nous entassons dans la bétaillère de Willy qui lache dans l'espace quelques mots traduisant ses inquiétudes concernant des facteurs d'inclinaison, de courbes, de nuances de la neige, de freinage... Tout un tas de considérations qui se perdent dans une indifférence générale, car ce n'est pas moins de trois GPS qui viennent de se géolocaliser, imposant leur dictature technologique au faible doute humain. Je rappelle que nous nous rendons à la Crouzate dont la plupart d'entre nous connaisse le chemin par coeur... Durant toute la semaine, le chauffeur subira une hiérarchie robotisée pour le plaisir de réaliser des tests comparatifs.
  Picsou s'occupe de l'équipement, ses grandes jambes comme un compas lui donne l'air de mesurer les lieux avec précision, il prend les fractios de haut, les nœuds s'enchainent, les mousquetons claquent sèchement jusqu'au détail qui attire mon attention. Il porte plusieurs paires de gants. De gros gants en caoutchouc qu'il retire pour ajuster les nœuds, laissant apparaitre dessous d'autres, plus fins, gris et blanc, ce qui confère à ses geste la dignité d' un major d'homme.
-- La vire de ces Messieurs Dames est en place !
    S'ils veulent bien se donner la peine ?!

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  Philippe n'échappe pourtant pas au "spit de la tergiversation" ou je me suis installée par anticipation. Sur le bombé de la coulée, il entame un menuet espérant trouver mieux sur les parois alentours pour, au final se rendre à l'évidence de ce malheureux spit, systématiquement recalé durant les dix premières minutes de l'équipement du puits.

  Le lendemain, Picsou regagne ses quartiers et nous poursuivons notre périple éducatif à l'Igue de Bar. Aucun d'entre nous ne connait cette cavité si ce n'est ,que le souvenir de belles photos de gours est parvenu à nous convaincre. Marc descend lourdement lesté par du matériel vidéo, une sorte de gros saladier émerge de son kit qu'il manœuvre avec précaution. Il nous éclaire les lieux avec une lumière proche de celle du soleil. Voilà un des avantage que comporte la compagnie des vidéastes et photographes, sans compter qu'un brin d'esthétisme suffit parfois à les occuper longuement.

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  Après avoir joué l'astre solaire autour d'une coulée, ils l'abandonnent dans un crépuscule pour découvrir un peu tard la galerie des gours. Nous décidons de revenir un autre jour pour poursuivre la mise en boîte.

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  Sub et Sylvain délaissent durant une journée les festivités familiales pour nous rejoindre à l'Igue de l'Angélie. L'entrée est assez curieuse, une dalle de pierre moussue en recouvre la majeur partie. Sa situation géographique, proche de la désobe des deux Zigs sert de prétexte à sa visite, et revendiquer une forme d'intérêt et de participation à leur effort. Quoique, des fois il  vaut mieux ne pas trop se pencher ... Le doute pourrait surgir de l'ombre. Tout allait bien jusqu'à atteindre la lucarne du dernier puits de 35m. Au dessus du fractio s'est imprimée une belle tache sombre de charbonnage de l'acétylène, message qui annonce le souci qui nous attend à peine quelques mètres plus bas. Le plaisir de descendre un joli volume est supplanté par celui d'y étouffer, la galerie est gavée de CO2. L'équipe au complet est fichée au sol, économe de geste et cherchant l'air et la motivation. Monique et Marc décident de regagner la surface. Nous, nous entêtons à poursuivre, le moindre talus d'argile nous demande un effort. Le Sub équipe un ressaut que nous dégringolons en songeant déjà qu'il se fera mériter au retour, ce qui sera le cas. Willy et moi, accuserons avec ironie l'équipement.

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Dans une telle atmosphère, on a surtout l'impression d'essayer de faire quelque chose plutôt que d'y parvenir. Sub et Sylvain ont essayé d'aller plus loin, Willy a essayé de faire des photos, j'ai essayé de faire un croquis et, nous avons enfin récupéré au sommet du dernier puits, une bouffée d'oxygène !!

( En général je me contente d'indiquer les zones de noir et de gris pour les finir plus tard, mais là les deux gars motivés c'est de la frime, je les ai rajouté après pour l'échelle ;)

A suivre